Le blog de Dédé de Montreuil

" Sortons des grands ensembles pour aller voir les Grands Ensemble "

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Philippe Perrin, le ferrailleur de Grenoble…

Salut M’ssieurs-Dames,

Je souhaite vous faire découvrir un artiste pas comme les autres, mon pote Philippe Perrin. Mon phiphi !

Philippe Perrin est un artiste hyperbolique, il utilise l’agrandissement « exagéré  » d’un objet pour concrétiser une idée outre les limites de la vraisemblance.

Son oeuvre UNDER THE GUN, acquise par la Société des Amis de la Fondation Maeght a été exposée à la Fondation Maeght, à  Saint- Paul de Vence  jusqu’au 18 mars 2012. Il est déjà chez les grands !!! 

Sa prochaine expo aura lieu à  la Biennale de La Havane à Cuba du 11 mai au 11 juin 2012 Mai 2012, il sera la Guest Star avec une oeuvre monumentale placée dans la ville. Une Kalashnikov de 20 mètres de long…

BajoElFuego-Philippe Perrin (2)

La Biennale de la Havane est considérée comme l’une des plus importantes manifestations artistiques au monde.

Voici une interview publiée dans INFERNO, afin de mieux cerner le personnage.

Le futur reste à écrire.

Philippe Perrin, vous faites une entrée remarquée dans le monde de l’art en 1987 avec un “Hommage à Arthur Cravan” qui d’emblée vous a installé en artiste-dandy, symptomatique d’une certaine tradition française du dilettante un peu “cailra”, détaché des contingences de ce marché contre lequel vous ne cessez de buter. Ce sont ces premiers héros de la modernité artistique, des Picabia, Duchamp, Tzara, Cravan… une certaine attitude donc, tout comme les “voyous” historiques Caravage et Villon qui vous interpellent et vous nourrissent. Malgré tout, votre engagement d’artiste, s’il n’est pas politique au sens stricto-sensu du terme, est très fort, tout comme les actions plutôt musclées que vous avez pu mener ici ou là… Que pouvez-vous nous dire de votre positionnement vis à vis de cette période des seventies où un art plus directement politique a émergé ?

Heaven. Eglise Saint-Eustache. Photo Marc Dommage

PP. Pour commencer je ne bute contre aucun marché. Je fonctionne à ma manière, à contre-courant ou en parallèle, sur des chemins qui me sont propres, par ailleurs le genre de période que nous traversons me donne entièrement raison,. En électron libre je subis la crise moindrement que d’autres trop encrés dans un marché de masse. J’ai souvent remarqué que bien des gens connaissent les noms des galeristes chez qui ils ont acheté des « œuvres » en ayant oublié le nom même de l’artiste. La galerie « Label » et l’artiste « produit ». Ce n’est pas mon cas. J’ai une identité propre qui m’empêche d’être noyé dans ce magma du marché de cet art entré désormais de plein-pied dans l’industrie du luxe. Quand j’étais dans les couloirs de la dernière FIAC j’avais l’impression d’être au « Bon Marché ». On vend des formes en oubliant leurs sens, comme de vulgaires pompes. Ca ne tenait pas debout et tout le monde l’a bien senti. Quand les galeries d’art contemporain se mettent à « fourguer » des modernes dans les foires ça sent le sapin. Forcément je me fais pas mal d’ennemis depuis toutes ces années, avec ma grande gueule, mais c’est à cela que l’on reconnaît la valeur des gens paraît-il  ?…

Chaussure Roger Vivier. Un de mes amis chers !

Les « amis » qui nourrissent mon Panthéon personnel et dont je me sens proche ou qui m’abreuvent, à qui je fais souvent référence ou que j’utilise parfois, de Cravan au Caravage, de Joe Strummer à François Villon ou Louis Mandrin ont toujours été des personnalités fortes, résistantes ou « en colère ». Poètes assassins ou chanteurs en cavale, ils ont tous été des acteurs et non pas des produits de leurs époques. Je suis un enfant des années soixante, un adolescent des 70’s, mais je ne dissocie pas l’histoire et la culture passée du présent. Pour moi le mouvement Punk de mon adolescence est presque une synthèse de toutes ces personnalités, ou au moins un maillon de cette même chaîne qui se glisse inlassablement dans le temps. Résister, fabriquer, décider, faire, agir, c’est ne pas se laisser endormir, c’est ne pas se faire abattre ou emprisonner. Exister, tout simplement. C’est cela mon engagement. Être moi, rester moi, avoir mes idées et mes pensées propres. Les exprimer, les clamer ou les déclamer, en passant d’une forme à une autre sans en oublier le sens. Être un « artiste », agir dans l’art, la musique ou la poésie (je n’ai surtout pas dis l’écriture ou la littérature), ce n’est pas faire des études de marché, c’est faire ce que l’on est, ce que l’on voit, le montrer et le partager avec les autres. Avec générosité. Être un homme et mourir à la fin. Un punk rocker quoi, definitively, comme le disait encore Joe Strummer peu avant sa mort en décembre 2002. Pour ce qui est des artistes/dandys du moment, je n’ai jamais revendiqué quelque chose de la sorte. On m’a « qualifié » de tel. Une histoire de critiques ou de journalistes. Je ne suis pas une posture, une imposture. Je ne suis que moi. Je laisse ce perchoir vulgaire aux pseudos intellectuels du boulevard Saint-Germain adeptes des passages télévisuels histoire de frimer un peu devant les « gonzesses ». Quant à mon engagement, oui, il est souvent politique. La politique ne se résume pas à une politique de politiciens, elle est un droit du peuple, un devoir, un sens à nos conditions d’humains. Si tu ne politises pas tes pensées quelles en sont leurs sens ? A quoi servent tes conversations entre amis sans accords ni conflits ? Rien. Que dalle. La démonstration, la dénonciation, la « mise en lumière » des faits (divers), sont pour moi le but de l’action artistique. Je suis parce que je suis. Je suis parce que je dis. Je ne suis pas parce que je pense, je suis parce que j’affirme. Point barre.

Gun

– Vous vous définissez souvent comme un provocateur. Mais un provocateur raffiné, qui sait combien cette attitude-là n’est pas une fin en soi, et doit impérativement générer du sens, une responsabilité. Et un appel d’air généralisé, vous qui êtes avant tout épris de liberté et le revendiquez haut et fort. Un artiste engagé donc, sans être militant. De quel tribut pensez-vous être “redevable”, en tant qu’artiste de ce début de millénaire, à l’égard des générations qui vous ont précédé ?-

PP. Je ne me suis jamais revendiqué provocateur. Encore moins raffiné. Pffff. (rires !) Je suis même aisément lourd si la poésie environnementale l’autorise. Avec Rudy Ricciotti, en bon numéro de siamois, nous nous laissons régulièrement aller verbalement vers la lourdeur en nous tapant sur le ventre : Quelle légèreté enfin ! Quel bonheur ! la liberté… Je ne me revendique surtout de rien. Les gens qui n’ont pas d’identité propre se revendiquent toujours de quelque chose pour se mettre en valeur et s’en servir de garde-fous en cas de « suspection » quant à l’honnêteté de leur « discours ». Ils diront les choses «au nom de». La culture est l’intelligence des idiots. Taisez vous, plutôt !… Un peu de respect. Et le mot « engagé », si lourd de sens lui-même qu’il en prive toute liberté de l’être. Et « militant », dont la racine est la même que celle du mot « militaire » (membre d’une force armée). Aucun groupe donc. C’était justement les 70’s des Brigate Rosso, de la Bande à Baader, de Carlos, etc… On a vu où tout cela a mené. Une grande manipulation au bénéfice des…  La lutte est pour moi dans l’individualité. Nous avons changé d’époque. L’ennemi c’est les autres, en général. Tout le monde est devenu trop égoïste pour former des groupes, puisqu’il ne reste d’idéologie que l’individualité et le confort « canapé » qui va avec. Être libre c’est ne rien posséder, pouvoir déménager demain avec deux valises sans avoir à se poser de questions. Les comptes bancaires changent de lieux aisément, pas les ateliers « d’artistes » à crédit de 2000 M2. Que je ne possède pas, d’ailleurs, contrairement à tellement de gens que je connais qui sont au final plutôt dans l’immobilier que dans la culture ou la pensée. Même si « culture » et « pensée » sont des mots qui ne veulent plus dire grand chose non plus au moment où les « penseurs » sont des présentateurs télé. Je n’aime pas posséder, cela m’empêche de dormir, m’étouffe, m’étrangle. Je me sens bien avec une carte visa dans la poche et un sac à la main. Le reste m’indiffère. La liberté c’est cher. Ca coûte les tripes et les couilles, il faut avoir le courage de les poser tous les matin au réveil sur le billot.

La liberté se paie. Elle ne peut être pour moi que dans la solitude et dans l’autonomie. Hélas… Il ne s’agit pas d’être « engagé » ou « militant », il faut être résistant.

Propos recueillis par Marc Roudier

A lire : Philippe Perrin, Always the sun…

Editions Al Dante 2010

Important catalogue publié à l’occasion de la rétrospective Philippe Perrin, « Haut et court »à la Maison Européenne de la Photographie, qui réunit les principales oeuvres de l’artiste de 1986 à aujourd’hui.

LE SITE DE PHILIPPE PERRIN : http://www.philippeperrin.com/

Continue mon Phiphi à vivre ta liberté, tu l’as eu à juste prix !!!

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Roger Vivier. Le bottier du gotha

Salut M’ssieurs-dames, Bonjour jolies dames.

Dans la galerie des grands hommes, j’ai eu la chance de rencontrer Roger Vivier, le couturier de la chaussure, le créateur du talon aiguille et du talon virgule. Il a chaussé la Reine d’Angleterre Elisabeth II, l’impératrice d’Iran, Grace de Monaco, Elisabeth Taylor, Marlène Dietrich, Sophia Loren, Ava Gardner, les Beatles, etc…

Roger a été le rendez-vous obligé des élégantes du monde entier.

Un hommage lui a été rendu au Musée des Arts de la Mode en décembre 1987 avec une exposition exceptionnelle de cent soixante-sept souliers de sa collection privée.

J’étais associé avec Philippe Guerrier, un architecte de grand talent et cinéaste, ami de Jean Rouch et créateur de coffrets Multi-média commandés pour la Caisse des Dépôts et le Ministère des Affaires Etrangères, comme par exemple : Marguerite Duras, Paul Delvaux, Robbe-Grillet, Le Corbusier, « Brise-glace » avec Jean Rouch, film tourné en 35 mm sur un Brise-glace en mer de Botnie en Suède. Quand je pense à ce tournage, je suis encore glacé.

J’ai appris par son fils Enguerrand, que Philippe est décédé en 2005 , suite à un mauvais diagnostic/traitement (atteint d’une leucémie).

On a proposé à Roger et à son fils adoptif Gérard Benoît-Vivier de réaliser un film en 35 mm sur l’exposition et sur la vie de Roger.

DOVIMA

Philippe et moi avons vécu un grand moment, comme dans un rêve, grâce à la permission de Alain Simonneau, Chargé de la presse et des Relations Publiques pour le Musée des Arts de la Mode : nous nous sommes fait enfermer toute une nuit dans le Louvre avec en fond, le fantôme de Belphégor et la voix de Juliette Gréco. Je poussais le travelling pendant que Philippe s’appliquait à mettre en valeurs les œuvres, oui des œuvres même des bijoux.

Un peu plus tard, nous avons passé une semaine dans son château à Aubeterre en Charente. Il fabriqua devant la caméra un prototype de soulier avec du papier mouillé. Après nous avoir jugés et acceptés (il n’avait pas un caractère facile), il nous ouvra son jardin secret sur sa Vie et nous fit découvrir sa caverne d’Ali Baba : il nous sortait une par une, des chaussures pas finies, d’autres en cours de réalisation, d’autres qu’il ne voulait pas montrer, des belles, des moches, de toutes les couleurs, des morceaux d’étoffes, du cuir, des clous, tout cela entassé dans des cartons logés dans un cagibi près d’un puits.

Nous avons fait réaliser par le grand photographe Carol-Marc Lavrillier, un ami de Philippe Guerrier, deux photos couleur en 5 X 5 , prises dans un vieux bidon rouillé au fond de son jardin, deux merveilles : un cliché représente un escarpin avec, comme talon, une boule de golf et une paire de bottines magnifiques. Je suis fier d’avoir en ma possession ces deux photographies uniques que je mate souvent pour avoir une pensée pour Monsieur Roger Vivier, le chausseur de toutes les plus belles femmes du monde.

Merci Roger de m’avoir permis de vous connaître et d’avoir passé un petit moment en votre compagnie.

Les créations de Roger sont exposées au Metropolitan Museum à New York, au Victoria and Albert Museum à Londres et au Musée du Costume et de la Mode au Musée du Louvre.

Quelle chance, vous avez, Madame Inès de La Fressange, de vous voir confier la maison et le souvenir de Roger Vivier, au 29 rue du faubourg Saint Honoré.

Pour Brigitte Bardot, il créa –non pas la femme– mais les petites ballerines en vichy et les cuissardes pour la chanson écrite par Serge Gainsbourg : « Je n’ai besoin de personne en Harley Davidson».