Le blog de Dédé de Montreuil

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Caravage à Saint-Germain-des-Prés !

Bonjour M’ssieurs, Dames,

Samedi soir, à la galerie Kamel Mennour, 6, rue du Pont-de-Lodi (VIe), le tableau  » Judith et Holopherne de Michelangelo Merisi, dit le Caravage (1571- 1610), a été décroché.

Caravage est mon peintre préféré de la Renaissance. Célèbre mauvais garçon, il savait déclencher les passions autant que le scandale: précis dans sa technique et maître de créativité, c’était un homme perpétuellement en fuite.Le tempérament violent de Caravage va bouleverser sa vie. En 1606, au cours d’une rixe, il tue en duel Ranuccio Tomassoni, le chef de la milice de son quartier. Condamné à mort, il s’enfuit de Rome en 1607. Commence alors une vie errante : Naples, Malte, la Sicile puis à nouveau Naples. Il continue à peindre et à produire des chefs-d’œuvre.  En 1610, il apprend que le pape est disposé à lui accorder sa grâce. Il s’embarque pour Rome, mais lors d’une escale à Palo, il est arrêté et jeté en prison. Relâché quelques jours plus tard, son bateau est déjà reparti. Il décide de faire le trajet à pied et parvient à arriver à Porto Ercole à une centaine de kilomètres. Mais il a contracté la malaria et il décède dans cette ville le 18 juillet 1610 à l’âge de 38 ans.

Grâce au clair-obscur, une technique inventée un peu plus tôt par Léonard de Vinci, Caravage donne aux visages un relief théâtral. Nul ne maîtrise comme lui la lumière ni ne rend avec autant de force l’expression des visages et des attitudes. Il a été l’un des personnages les plus influents de l’histoire de l’art, sans lequel Ribera, Vermeer, Rembrandt, Delacroix, Courbet et Manet n’auraient jamais peint comme ils l’ont fait.

Merci à mon ami Kamel Mennour de m’avoir fait profiter de ce moment magique.

Découverte dans un grenier

Le tableau du maître italien, inspiré de l’Ancien Testament, représente Judith tranchant la tête du général Holopherne venu assiéger la ville et qu’elle avait séduit.

La toile, oubliée depuis plus de 100 ans, a été découverte par hasard au fond d’un grenier en Haute-Garonne il y a cinq ans – le genre de saga dont raffole le marché de l’art. Elle sera vendue aux enchères à Toulouse le 27 juin estimée à 120 M€.

C’est Marc Labarbe, le commissaire-priseur de Toulouse, l’auteur de cette « trouvaille », qui l’adjugera dans la ville rose. « J’ai été appelé par un ami qui vidait sa maison. Le tableau était monté sur un châssis, coincé entre un sommier et un matelas. La toile était sale. Il y avait comme un brouillard mais je voyais aussi ce regard du guerrier. J’ai pris un coton et un peu d’eau et j’ai débarbouillé son visage ! ».

Une analyse scientifique

Marc Labarbe, un brin fébrile, téléphone à Eric Turquin, un expert parisien incontournable. Ce dernier lui demande de lui amener le tableau. Son transporteur s’en charge et remonte la toile tranquillement à Paris, par la route, sans assurance.

Puis l’expert attrape son téléphone. « Tu as trouvé un bien beau tableau ! », lui dira-t-il. « A l’époque, se remémore Marc Labarbe, on n’identifie pas encore le peintre, le tableau n’est pas signé. On pense à un peintre de l’école Caravage ou d’une école espagnole ». L’analyse scientifique, avec notamment des rayons X, mettra en évidence les fameux pigments rouges du Caravage, le tissu de la toile permettant de remonter à l’atelier de l’artiste. Des spécialistes incontournables du peintre italien l’ont finalement authentifié.

Le tableau aurait pu avoir un tout autre destin. Victime d’un dégât des eaux, il y a environ dix ans, « sous le toit ruisselant du grenier, il a été un peu abîmé mais pas détruit ». A la même époque, il échappera à un cambriolage. Les voleurs passeront à côté de la toile. « Ils ne repartiront qu’avec des babioles ! », rigole le commissaire-priseur.

Reste à savoir, avec le parfum de suspicion qu’il dégage, le sort qui sera réservé le 27 juin à la toile du Caravage sous le marteau de Marc Labarbe ?

LES DOUTES DU MINISTERE

« Judith et Holopherne » ne rejoindra pas un musée français. Le tableau du Caravage ne sera pas préempté par le ministère de la Culture lors de la vente aux enchères du 27 juin.

Pourtant, en 2016, le ministère l’a classé « trésor national », avec une parution au Journal officiel, bloquant ainsi toute possibilité de vente à l’étranger. Et se donnant trente mois pour se prononcer. En novembre dernier, le blocage a été levé et le propriétaire s’est vu délivrer un certificat d’exportation.

Ce jeudi, le ministère évoquait franchement ses doutes. « Compte tenu des incertitudes subsistant quant à l’attribution au Caravage, l’État français ne peut se porter acquéreur de cette œuvre ».

« On respecte les doutes », encaisse Marc Labarbe qui met pourtant en avant « l’examen scientifique du tableau. Nous, on est sûrs de l’authenticité ».