Le blog de Dédé de Montreuil

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Emile Servan-Schreiber, spécialiste de l’intelligence collective.

Bonjour M’ssieurs, Dames,

Comment rendre les entreprises, les gouvernements et les individus plus intelligents ?  » C’est la question à laquelle répond Émile Servan-Schreiber dans le livre SuperCollectif  de vulgarisation scientifique sur l’intelligence collective qui pourrait bien changer les règles du jeu démocratique au profit de tous. Il est désormais établi scientifiquement que des cerveaux humains, en s’assemblant, peuvent produire une intelligence supérieure.

Dans ce monde d’égoïsme, les recherches d’Emile ne peuvent que nous redonner le goût de l’autre et du partage. dédé

Supercollectif. La nouvelle puissance de nos intelligences

Les groupes ont leur propre intelligence  ; on sait depuis peu mesurer leur QI. Mais pourquoi les groupes plus féminins sont-ils plus sagaces  ? Comment invoquer la sagesse d’une foule en évitant les pièges du conformisme ? Pourquoi la diversité nous rend-t-elle plus intelligents  ? Comment notre intelligence «  supercollective  » rend-elle nos entreprises plus performantes  ? Comment l’utiliser pour revitaliser notre démocratie  ? Et pourquoi les espions américains s’y intéressent-ils autant  ?

Autant de questions auxquelles Émile Servan-Schreiber apporte des réponses surprenantes et stimulantes, en s’appuyant sur les dernières découvertes scientifiques et une longue pratique de terrain. À l’aide d’exemples concrets –  de Boeing à Macron, en passant par l’intelligence artificielle et la CIA  –, il révèle l’immense potentiel de nos intelligences groupées et organisées.

Fils de Jean-Jacques Servan-Schreiber, Docteur en psychologie cognitive (Carnegie Mellon), Émile Servan-Schreiber ingénieur en intelligence artificielle. Depuis vingt ans, il partage son temps entre la recherche sur l’intelligence collective et ses applications pratiques au service d’entreprises et de gouvernements.
Je vous présente un billet portant sur l’intervention d’ Emile Servan-Schreiber. ( paru dans Médiapart. 23 novembre 2019 )

intelligence collective

L’ intelligence collective illustrée par les termites qui ont construit ces « cathédrales » que il est désormais établi scientifiquement que des cerveaux humains, en s’assemblant, peuvent produire une intelligence supérieure.

Mais comment se construit cette intelligence collective ? Quelles sont les recettes pour fabriquer un groupe intelligent ? Et comment le faire à grande échelle ? Emile Servan-Schreiber a partagé lors de cette matinée les « ingrédients » pour y parvenir.

Le cerveau collectif a un QI, on peut le mesurer, mais d’où vient-il ?

Un groupe est-il intelligent parce qu’il y a des gens intelligents dans le groupe ? Cela pourrait paraître évident. Mais non … Selon une étude menée par le Massachusset’s Institute of technology sur l’intelligence collective (qui dispose depuis quelques années d’un centre de recherche sur l’intelligence collective), l’intelligence d’un groupe ne serait pas déterminée par le degré d’intelligence de ses membres et la somme des intelligences individuelles, mais par la sensibilité aux autres (communication non-verbale), et l’équité dans la prise de parole, qui tiennent un rôle capital. Les femmes enregistrant dans ces domaines un score bien supérieur à celui des hommes … c’est dans les groupes où le nombre de femmes est le plus important que les scores sont les meilleurs avec une rentabilité opérationnelle .

L’intelligence collective repose sur deux grands principes : le nombre fait la force, et il est très important de l’organiser

Toutes les technologies des vingt dernières années (email, web, téléphones portables, réseaux sociaux, traduction automatique, etc.) ont rapproché les cerveaux et densifié le réseau des intelligences connectées. La bande passante entre nous est devenue énorme. Cela nécessite de s’organiser, et de suivre des règles et des recettes, car bien sûr « les foules ne sont pas intelligentes spontanément ». Emile Servan-Schreiber synthétise plusieurs décennies de recherche autour de 4 ingrédients :

  • Il faut beaucoup de diversité de points de vue, des modèles mentaux différents : ceci s’appuyant sur la diversité ethnique, mentale, de formations, de territoires, etc. Les connaissances de chacun vont s’additionner, mais les biais individuels de chacun, à travers la confrontation, vont s’annuler. Plus on est, meilleur on est
  • Il faut  beaucoup d’indépendance d’esprit : il est indispensable d’encourager les points de vue originaux, l’anticonformisme. L’expression de points de vue opposés va nous rendre plus intelligents tous ensembles, et encourager la contribution utile
  • Il faut  récolter beaucoup d’informations sur le terrain
  • Il faut, et ceci est très important bien sûr, agréger tout cela de façon objective, par des méthodes algorithmiques les plus objectives possibles pour agréger l’ensemble des informations produites.

L’expertise ne fait pas partie de la liste. En effet, ces ingrédients s’appliquent aussi bien à des novices qu’à des experts. On peut en effet compenser le manque d’expertise par la diversité. Si on prend beaucoup de personnes qui ne sont pas expertes, on arrive à fabriquer l’équivalent d’un expert (Emile Servan-Schreiber cite l’exemple de 14 étudiants en droit qui ont réussi à faire aussi bien que le jugement d’un avocat très expérimenté !). Avec les plateformes numériques on sait faire cela aujourd’hui.

On peut ainsi remplacer une expertise très pointue par beaucoup d’expertises plus diffuses et obtenir des résultats souvent meilleurs qu’avec une expertise unique.

L’intelligence collective est au service de la prévision et de l’innovation dans les entreprises

L’intelligence collective sert à améliorer les deux fonctions principales du cerveau qui sont la prévision et l’innovation.  Elle doit rendre les entreprises plus intelligentes parce qu’elles seront plus créatives en impliquant davantage de personnes dans les réflexions.

Il est établi que les entreprises les plus innovantes dans le monde ne sont pas celles qui dépensent le plus en innovation, mais celles qui impliquent le plus d’employés dans l’effort d’idéation pour trouver de nouvelles idées.

Personne individuellement n’est capable de faire systématiquement de bonnes prévisions. En revanche, Emile Servan-Schreiber observe depuis une vingtaine d’années que tous en même temps, nous sommes capable de faire de très bonnes prévisions, à condition d’agréger les prévisions de tous. Appliqué au business, il relève que systématiquement, lorsque de nombreuses personnes sont impliquées dans l’effort de prévisions (par exemple pour prédire des chiffres de vente, le nombre de produits vendus, etc.), et dès qu’il s’agit de nouveaux produits, donc des domaines où il n’existe pas ou peu de données à analyser, la multitude des prévisionnistes obtient des résultats qui sont 3 fois sur 4 meilleurs que ce qui est obtenu avec des méthodes classiques, et jusqu’à 21% plus précises en moyenne.

Les big datas sont importantes, mais encore faut-il qu’il y ait des datas, et qu’elles soient pertinentes. Et dans de nombreuses de situations, elles ne sont pas encore là, ou bien sont floues, déstructurées, et ne peuvent être rentrées dans les machines. Dans ces cas-là,  l’intelligence collective a son rôle à jouer bien plus que les machines.

A l’ère de la superconnexion, où nous connaissons une formidable accélération des échanges, où nous pouvons nous connecter avec n’importe qui, instantanément, et de plusieurs manières, la bande passante est devenue énorme. Le rapprochement des cerveaux a densifié le réseau des intelligences connectées. Le moteur de recherche Google, qui ne fait que suivre des liens qui ont été décidés et construits par des webmasters humains, et  Wikipedia, encyclopédie collaborative, sont de purs produits de l’intelligence collective. Nous voici maintenant à l’heure de l’intelligence « super-collective ». La question est maintenant de savoir comment se « super-organiser » dans nos entreprises pour devenir super-intelligents.