Le blog de Dédé de Montreuil

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Madame de Montreuil, Marquise de Sade

Bonjour M’ssieurs – Dames,

Lors d’un déjeuner avec Alain Casabona et Gonzague Saint-Bris, une conversation s’est engagée autour de mon surnom  » dédé de Montreuil  » , après explication, Gonzague, alors,  me conseilla de faire connaissance avec  Madame de Montreuil, Marquise de Sade.

Quel bonheur d’être attablé avec deux hommes lettrés comme Alain et Gonzague : les mots, les références fusent à tout instant, je suis comme un enfant devant un livre d’histoire.

Marquis et Marquise.

Jamais contraste plus frappant que ce ménage du marquis et de la marquise de Sade ; d’un côté Donatien Alphonse François de Sade, le fameux satyre, l’écrivain scandaleux, le prisonnier de Vincennes et de la Bastille, convaincu de vices et de crimes immondes – de l’autre côté, Renée-Pélagie de Montreuil, une femme aimante, tendre, dévouée et résignée, aux yeux de qui l’époux ne saurait avoir de torts, une sainte de l’amour conjugal.

Le nom du marquis de Sade, n’inspire certainement pas beaucoup de sympathies. Il en sera tout autrement de la marquise. C’est l’ange à côté du monstre. Il est bon que l’on sache que dans le château de Valery, propriété de la famille de Sade, habita en même temps que le vice, la vertu – et dans la compagnie du plus détestable des maris la plus exemplaire des femmes.

La marquise de Sade était née « de Montreuil« . Le mariage fut célébré le 17 mai 1763, à Paris, à l’église Saint-Roch. Renée-Pélagie de Montreuil avait 23 ans, le marquis de Sade 22. Mariage de raison du côté de Sade, mariage d’amour du côté de Renée. Elle eut ensuite besoin de tout son courage et de sa passion pour supporter la vie qui lui fut faite. Elle devait d’ailleurs rester jusqu’au bout amoureuse, « amoureuse comme le sont les âmes pures et très droites, sans complications, et qui ne savent point se livrer à demi, assurées qu’elles ne se livreront point deux fois ».

La lune de miel fut courte, on se l’imagine aisément. Après un mois à peine, un abominable scandale éclata. Des filles entraînées dans « la petite maison » de Sade, se plaignirent de raffinements de débauche qui avaient ressemblé à d’ignobles brutalités. La marquise de Sade ne douta du reste pas un instant de son mari, accepta toutes ses explications et crut envers et contre tous à son innocence. « Elle avait admis sans hésiter l’hypothèse d’une erreur, d’une dénonciation calomnieuse. Elle était encore dans tout l’enivrement de son amour conjugal ».

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Après vingt sept ans de mariage avec un marquis, divin certes, mais qui, entré en prison à trente sept ans n’en sortit qu’à cinquante, après vingt sept ans de luttes, d’humiliations, écartelée entre la fureur dévastatrice de sa mère  et  la fureur (épistolière notamment) de son mari, on est en droit de se demander  qui était  réellement madame de Sade.
« Sa passion avait hissé jusqu’au sublime cette femme à l’esprit court, à la chair tranquille, l’obligeant pour ainsi dire à aimer au-dessus de ses moyens.

La marquise, par un entêtement généreux d’abnégation, pardonna, fit semblant d’ignorer ce que savait tout le monde, s’inquiéta peu de voir sa fortune s’émietter pourvu que le mari infidèle n’eût rien à lui reprocher. A partir de cette époque la marquise seule, combattue par sa famille, persiste héroïquement dans son rôle d’amante sacrifiée, d’épouse fidèle jusqu’à la mort, malgré l’infamie de l’aimé.

Le 5 juillet 1772 le marquis de Sade est accusé d’avoir tenté d’empoisonner des filles (c’est l’affaire de Marseille, la fameuse histoire des pastilles cantharidées), accusé en outre de débauches contre nature. La vérité oblige à dire qu’on mena singulièrement vite, avec une sorte de haine, cette affaire. Le 3 septembre Sade est condamné à mort, peine excessive puisque aucune de ses victimes n’avait succombé. Alors commence une campagne sublime de la femme dévouée, en faveur du mari qu’elle croit et qu’elle affirme innocent.

Le marquis, réfugié en Piémont, est arrêté par les autorités sardes et enfermé au château de Miolans. Son épouse ne l’entend pas ainsi, elle accable le gouverneur du château de plaintes et de reproches, voire de menaces. Elle allège la captivité du prisonnier, mieux que cela elle se met en tête de le délivrer! Elle recrute à Grenoble 15 hommes, les équipe, les arme, les anime. Elle gagne à Miolans quelques soldats invalides de la garnison. Par eux le marquis est averti, et il s’évade dans la nuit du 1er au 2 mai 1775.

La chère dame promet de s’inquiéter de toutes ses forces pour la liberté de son mari : « Sois bien convaincu que je ne tarderai pas pour t’instruire de ce qu’il y a de nouveau sur ta situation dès que je le pourrai. J’ai trop à coeur de te prouver tout mon attachement et toute ma tendresse pour rien négliger d’aucune manière ce qui te regarde. La longueur du temps déjà écoulé me tue et me désespère autant que toi parce que je partage ta position avec toute la sensibilité d’un coeur qui ne peut exister que par ton bonheur ». Ce qui me désespère le plus, écrit l’épouse admirable, c’est que tu m’accuses de négligence et de me laisser gagner, et ces soupçons accroissent le trouble de mon âme et font mon chagrin, t’aimant véritablement plus que moi-même.

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A force d’instances, la marquise fait réviser le procès de Sade. Le jugement qui concerne l’accusation d’empoisonnement est cassé. Mais par l’influence de la Présidente de Montreuil, belle-mère du marquis, celui-ci n’est tout de même pas rendu à la liberté. En 1778, le marquis est reconduit à Vincennes, d’Aix où l’avait amené la révision de son affaire, Mais en chemin, à Lambesc, à 5 lieues d’Aix la marquise le fait s’évader.

« Mon bonheur ne peut exister sans toi ni sans le tien, et le jour où l’on nous rendra l’un à l’autre, je crois que je mourrai de joie. Puisse-t-il arriver bientôt !Tous les voeux d’un coeur tout à toi ! ».

L’esprit dépravé du marquis ne cesse de forger de folles accusations et il imagine un monstrueux roman dont sa femme serait l’héroïne. Les termes de ses lettres sont orduriers. Le marquis est épouvanté de ses ignominies qui n’étonnent plus qu’elle. « Ta façon de penser à mon égard m’atterre, m’anéantit, m’humilie, moi qui ne vis et n’existe que pour toi !… Me voir soupçonnée et avilie! Je me tais, mais vous faites une plaie à mon coeur. Pourtant il ne se refermera jamais. Je n’ai pas à me justifier, ma conduite est au su et au vu de tout le monde. Non, il n’est pas possible que me connaissant comme tu dois me connaître, tu penses ce que tu écris ».

Enfin elle s’enferme dans un couvent, le plus régulier qu’elle a pu trouver. Elle continue du reste ses chères visites à Vincennes. Hélas ! Son mari la reçoit furieusement, se jette sur elle, la frappe… Elle s’en plaint timidement et ajoute : « Si tu es capable de me poignarder, ce serait dans ces circonstances un grand bonheur pour moi de ne plus exister ».

Dès qu’il fut libre, le marquis prendra ses dispositions pour faire prononcer la séparation « de corps et de bien » <;

La marquise de Sade reprenant son nom de Montreuil, cessa véritablement d’exister. Son mari devient le citoyen Sade, secrétaire de la section des Piques. Seule, triste, désabusée, elle meurt, le 7 juillet 1810, après avoir « largement payé son tribut à la misère humaine ».

PBP-marquise de sade:PBP

« Quel a été le désir de Renée de Sade, cette femme qui, avec son mari maudit, a « appris que le bonheur brille au fond même de l’enfer, comme la poussière d’or dans la boue » ?

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Ami de longue date de la famille de Sade, Gonzague Saint Bris a eu accès à des archives encore inédites. Il a voulu, outre son admiration pour l’écrivain, retracer un parcours humain douloureux et méconnu, révélant une fin de vie surprenante.
Le divin Marquis est une divine surprise sous la plume de Gonzague Saint Bris qui en trace, à l’aube du bicentenaire de sa mort, un portrait aussi saisissant qu’émouvant. Sans jamais rien éluder des aspects les plus choquants et dérangeants de son oeuvre ou de ses obsessions les plus viscérales, Gonzague Saint Bris va plus loin, explorant les relations du Marquis avec les femmes de sa vie, ses enfants, le monde de la monarchie, de la Révolution et de l’Empire.
Apparaît un homme singulier, d’un courage intellectuel hors norme et d’une liberté confondante.
Emprisonné pendant les deux tiers de son existence, l’auteur des 120 journées de Sodome ou de Justine ne rend jamais les armes.
Éternel insoumis, athée combattant, rebelle sans tabou, Donatien Alphonse François de Sade est l’Ange de l’ombre de la littérature française.
Après quarante-cinq ans de libération des moeurs, notre époque est totalement sous le signe de Sade, marquée de son empreinte brûlante et indélébile.
Je vous remercie Gonzague de m’avoir fait découvrir cette femme éprise de l’Ange de l’ombre.
Une femme à qui l’on aurait souhaiter dire :   » L’Amour triomphe de tout  » !!!.
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3 réponses à “Madame de Montreuil, Marquise de Sade

  1. BILONDA 7 juin 2014 à 17 h 22 min

    Alors Dédé,quel est ton vrai nom et prénom

  2. Dédé de Montreuil 9 juin 2014 à 16 h 42 min

    André Cardinali

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