Le blog de Dédé de Montreuil

" Sortons des grands ensembles pour aller voir les Grands Ensemble "

C’est ici, que ça se passe…

Bonjour M’ssieurs-Dames,

J’aime vous faire découvrir Ici ou là des moments privilégiés, comme Le Grenier des Grands-Augustins, lieu Phoenix, sans doute le plus mythique de l’histoire de l’art et de la culture. C’est ici un lieu de création… où l’on a envie de créer.

C’est ici que d’illustres anciens résidents hantent encore les lieux.

C’est ici, au 7, rue des Grands-Augustins, que l’enfant Louis XIII fut proclamé roi le 10 mai 1610 à la mort de son père Henri IV.

C’est ici que l’on a amené Ravaillac après son attentat. 

C’est ici que Honoré de  Balzac situe l’action de son  » Chef d’œuvre inconnu « , nouvelle fantastique mettant en scène le jeune Nicolas Poussin et les peintres Porbus et Frenhofer.

« Vers la fin de l’année 1612, par une froide matinée de décembre, un jeune homme dont le vêtement était de très mince apparence, se promenait devant la porte d’une maison située rue des Grands Augustins, à Paris. Après avoir assez longtemps marché dans cette rue avec l’irrésolution d’un amant qui n’ose se présenter chez sa première maîtresse, quelque facile qu’ elle soit, il finit par franchir le seuil de cette porte, et demanda si Maître François PORBUS était en son logis.

Sur la réponse affirmative que lui fit une vieille femme occupée à balayer une salle basse, le jeune homme monta lentement les degrés, et s’arrêta de marche en marche, comme quelque courtisan de fraîche date, inquiet de l’accueil que le roi va lui faire. Quand il parvint en haut de la vis, il demeura pendant un moment sur le palier, incertain s’il prendrait le heurtoir grotesque qui ornait la porte de l’atelier où travaillait sans doute le peintre de Henri IV délaissé pour Rubens par Marie de Médicis. Le jeune homme éprouvait cette sensation profonde qui a dû faire vibrer le cœur des grands artistes quand, au fort de la jeunesse et de leur amour pour l’art, ils ont abordé un homme de génie ou quelque chef-d’œuvre. »

C’est ici que Jean-Louis Barrault  installa sa première compagnie et tint son théâtre expérimental.

Paul Claudel, Antonin Artaud, Louis Aragon, Georges Bataille, André Masson, Claude Dauphin, Jean Giraudoux, Jean Cocteau, Jules Romains, Armand Salacrou, François Mauriac, Henri Mondor, Jacques Prévert, Marcel Carné, Robert Desnos, Mouloudji, Dora Maar, Jean-Paul Sartre et bien sûr Simone de Beauvoir… Tous se retrouvaient régulièrement au  » Grenier des Grands Augustins », résidence de Jean-Louis Barrault entre 1933 et 1936.

 » Au Grenier, la porte n’était jamais fermée, venait y habiter qui voulait  » 

Laissons à Jean-louis Barrault (de 1934 à 1936) évoquer sa vie au grenier :

« J’avais trouvé un lieu merveilleux, rue des Grands Augustins, au 7 ou au 11, en tout cas deux bons chiffres. Vieil immeuble du XVIème siècle qui, le soir, était complètement vide. On y accédait par quelques marches au fond d’une cour bosselée de vieux pavés. A ce rez-de-chaussée surélevé siégeait le Syndicat des huissiers. Au-dessus, il y avait une industrie de tissage avec de vieux métiers très beaux. J’avais loué le dernier étage. Trois pièces bizarres avec de magnifiques poutres apparentes.

La première avait quatorze mètres sur huit. J’en fis mon atelier de travail et nous y donnâmes des représentations. La deuxième pièce, de quinze mètres sur quatre, devint à la fois dortoir, salle à manger, toilettes, fourre-tout : la salle commune. Je revois une étiquette  » Le lavabo doit rester bo.  » La troisième, de huit mètres sur quatre, je me la réservai pour moi. Mais souvent, quand je rentrais tard dans la nuit, je trouvais des gens dans mon lit.

Je fondai une compagnie : le Grenier des Augustins. Jean Dasté, au début, s’y était associé, il reprit vite sa liberté ; il eut raison car j’étais loin d’être mûr. Il me fallait encore beaucoup vivre.

J’étais très neuf alors, très primitif, je n’avais pas assez de connaissances spéciales pour devenir un intellectuel ; beaucoup de choses devaient me passer au-dessus de la tête. D’ailleurs, on ne me demandait pas de comprendre. J’étais conquis, c’était suffisant. Au reste, tout cela n’était pas tellement clair. A la papauté de Breton, au schisme communiste d’Aragon, à la dispersion des individualistes, on pouvait ajouter une quatrième veine ; celle qui venait du mouvement Dada : Tristan Tzara, Dr Fraenkel, etc. Tout le monde se mélangeait. Breton et Georges Bataille me demandèrent l’hospitalité au Grenier pour tenir leurs assemblées. C’est ainsi que, le 21 janvier 1936 eut lieu une grave cérémonie pleine d’humour à propos de la décollation de Louis XVI. L’humour. C’est du sérieux qui ne se prend pas au sérieux pour ne pas devenir trop sérieux.

C’est ici que le Groupe Octobre de Jacques Prévert, et les Surréalistes organisèrent plusieurs réunions en 1936.

Au Grenier, la porte n’était jamais fermée, venait y habiter qui voulait. J’en laissais à mes camarades. Nous avions installé des lits dans tous les coins. Une république idéale. Une fois par semaine, nous organisions un pique-nique. Chacun apportait ce qu’il voulait. Les filles de notre groupe confectionnaient un plat. Je revois une énorme bassine remplie de calamars. L’imagination des convives n’était pas toujours éveillée et il nous arrivait parfois quarante camemberts que nous nous efforcions d’épuiser durant le reste de la semaine.

Joseph Kosma, compositeur tzigane, nous écrivait de merveilleuses chansons sur des poèmes de Prévert. Nous cherchions un enfant. Itkine m’en indique un qui traîne dans un quartier populaire de Paris, il doit avoir dans les huit ans, ne craint que deux espèces d’animaux : les flics et les chiens. Ce petit s’appelait Mouloudji. II trouve son lit au Grenier. Le premier soir, il venait de se coucher mais nous l’entendions remuer.(…) ».

C’est ici que les comédiennes Charlotte Rampling et Marie-Christine Barrault, nièce de Jean-Louis, ont revisités ici pour un bel hommage à Jean-Louis Barrault.

C’est ici que Pablo Picasso réalisa Guernica et séjourna jusqu’en 1955

En 1929, Pablo Picasso, qui voue une passion au « Chef d’œuvre Inconnu », illustre la nouvelle de Balzac en l’ornant de onze eaux fortes. Huit ans après, il s’installe au Grenier des Grands-Augustins où il crée notamment « Guernica ».

Cette photographie a été prise le 16 juin 1944 dans l’atelier de Picasso par Brassaï. Debout, de gauche à droite : Jacques Lacan, Cécile Eluard, Pierre Reverdy, Louise Leiris, Zanie Aubier, Picasso, Valentine Hugo, Simone de Beauvoir. Assis : Sartre , Albert Camus, Michel Leiris, Jean Aubier et Kazbek, le berger afghan de Picasso.

Dans son magnifique livre « Conversations avec Picasso », paru chez Gallimard, Brassaï, cet immense photographe qualifié  » d’œil vivant » par Henry Miller décrit la nouvelle résidence de Picasso.

« Dans ce très vieux coin de Paris, la rue porte le nom d’un ancien couvent rasé en 1791 et dont les terres s’étendaient jusqu’aux rue de Nevers, rue Guénégaud et rue Christine où habita Gertrude Stein et demeure encore Alice Toklas. Le petit hôtel particulier, à l’angle de la rue et du quai des Grands Augustins, occupé par le restaurant Lapérouse, est du XVème siècle. Je connaissais déjà la demeure patricienne du XVII ème siècle du n° 7 et les deux étages supérieurs devenus l’atelier de Picasso. Avant lui, Jean-Louis Barrault y répétait des pièces de théâtre ; et j’avais assisté parfois dans le « grenier Barrault » à ces séances. C’est d’ailleurs l’acteur qui avait signalé à Picasso ces curieux locaux disponibles, et celui-ci fut aussitôt séduit. En plus vaste, ils lui rappelaient le Bateau-Lavoir, dont secrètement il garda toute sa vie la nostalgie. Il pouvait y avoir l’impression d’être à l’intérieur d’un navire avec ses passerelles, ses soutes, sa cale.

Une autre séduction de cette maison : Balzac y avait situé son Chef-d’œuvre inconnu. C’est dans cette demeure l’hôtel de Savoie-Carignan avant la Révolution qu’il faisait rencontrer le maître Frenhofer avec François Porbus et Nicolas Poussin; c’est là que le héros de son roman s’éloignant, dans sa soif d’absolu, de plus en plus de la représentation de la nature, créa et détruisit son chef-d’œuvre et mourut… La description que Balzac donne de cette maison, de l’escalier raide et sombre, est d’ailleurs d’une ressemblance assez frappante. Ému et stimulé à l’idée de prendre la place de l’illustre ombre de Frenhofer, Picasso loua aussitôt l’atelier. C’était en 1937. Et sur le lieu du Chef-d’œuvre inconnu il allait peindre le  » chef-d’œuvre bien connu  » : Guernica.

C’est ici, que le piano préféré de Chopin est entré par la fenêtre

C’est ici, aujourd’hui que le CNEA est installé, dirigé par Alain Casabona. https://soufflezsurlesbraises.com/2012/01/10/alain-casabona-le-lion-de-st-germain-2/

Le Grenier des Grands-Augustins n’est pas un musée, il renaît et vibre en permanence.

Qu’est-ce que le C.N.E.A. ?

Le Comité National pour l’Education Artistiqueest une association Loi de 1901, fondée en 1966 et regroupant des enseignants, des étudiants, artistes, parents d’élèves, chefs d’entreprises, journalistes et élus de tous horizons, dans le seul but de défendre et de promouvoir les enseignements artistiques en milieu scolaire, de la maternelle à l’université. Tous les membres, y compris ceux du conseil d’administration, sont bénévoles.

Soutenu par un comité d’honneur composé de 700 personnalités, le C.N.E.A. s’est fixé une mission d’information et d’intervention permanente auprès de l’opinion et des pouvoirs publics, quelque soit le gouvernement en place.

Alain Casabona, Délégué général, a écrit une pièce en cinq tableaux «  C’est ici « destinée au théâtre et à la télévision.

La pièce a été jouée au Grenier avec Charlotte Rampling Mise en scène par François Leclère.

C’est ici, que l’affiche   » Notre festival d’une photo » sur une idée de ma pomme, a été vendue aux enchères par Maître Cornette de Saint-Cyr, au profit de l’Institut Gustave Roussy.

 https://soufflezsurlesbraises.com/2011/11/05/notre-festival-dune-photo/


C’est ici, que je fus proclamé  « Ambassadeur des profils louches  » par Alain Casabona, président de l’Académie Alphonse Allais.

Allais-y, c’est ici que ça se passe.

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2 réponses à “C’est ici, que ça se passe…

  1. Bertrand 26 juillet 2012 à 9 h 55 min

    Certaines rencontres touchent notre âme à jamais. Mais des lieux aussi ont un destin qui laisse son empreinte sur les visiteurs… Belle histoire. Juste à côté dans la rue des grands augustins, réservez une table chez William LeDeuil au Kitchen Gallery. Il magnifie les papilles avec des saveurs orientales qui justifient son étoile..pas si vieille que cela!

  2. Claudie de Surmont 27 juillet 2012 à 9 h 27 min

    Il est des lieux chargés d’histoires qui font l’Histoire. Le Grenier des Grands Augustins en est un. Merci de me l’avoir fait découvrir.

    Claudie de Surmont

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