Le blog de Dédé de Montreuil

" Sortons des grands ensembles pour aller voir les Grands Ensemble "

Alain Casabona, le lion de Saint-Germain…

Bonsoir M’ssieurs-Dames,

Mon ami, Alain Casabona nous a quitté après une longue maladie, avec laquelle il s’est battu avec un courage exemplaire.

Alain Casabona fait partie de ces hommes qui rendent la vie plus belle.

Unanimement reconnu pour son humanisme, ses passions artistiques, son enthousiasme qui vous anime ou vous ranime dès que vous le rencontrez. Nous avions le même point commun, celui de vouloir aider les jeunes. C’est notre devoir,  voir du civisme. C’est un privilège !

« Un jour tu verras, on se rencontrera… » Comment ne pas évoquer cette chanson de Mouloudji.

C’est ce qui c’est passé, le premier jour ou je l’ai rencontré à l’atelier Picasso, rue des Grands-Augustins.

Alain se consacre aux autres pour en valoriser tous les talents et éclairer le quotidien à la splendeur de la fraternité.

Né au xxème siècle, ancien élève de l’école publique, Alain Casabona est un pianiste incroyable et l’un des plus grands romanciers actuels, encensé par la critique.

Depuis 1980, il est administrateur bénévole du CNEA ( Comité National pour l’Education Artistique). En 2005, il est nommé Secrétaire général du Haut-Conseil de l’Education Artistique, qu’il dirige avec Didier Lockwood, le violoniste de jazz. On lui doit notamment la loi sur les enseignements artistiques, l’organisation de sommets internationaux sur ce sujet et, l’an dernier, la création d’un nouvel enseignement d’Histoire des arts à l’école et au collège, avec inscription obligatoire de cette discipline au brevet des collèges. Une avancée sans précédent sous la Vème République.

Passionné de conservation du patrimoine,  c’est lui qui a réhabilité en 2002, le mythique Grenier des Grands-Augustins, l’ancien atelier de Jean-Louis Barrault et de Pablo Picasso, où fut créé Guernica.

Ouvert au public, le grenier a accueilli plus de 400 écoles, collèges et lycées dans le cadre d’ateliers pédagogiques et Alain organise, avec les nombreux bénévoles qui l’entourent, des manifestations culturelles de premier plan : concerts, lectures, expositions dont la dernière, pour la Prévention du cancer du sein «  Tâtez-vous », avec une vente aux enchères d’oeuvres orchestrée par Maître Pierre Cornette de Saint-Cyr, au cours de laquelle a été présentée l’affiche créée par Alain et Marie-Laure Rabé, sur mon idée «  Notre Festival d’une photo », a connu un succès considérable.
Toutes ces activités sont gratuites, et reconnues par les plus hautes instances internationales. C’est ainsi que Madame Irina Bokova, la Directrice générale de L’Unesco, lui avait adressé ce message :
« Permettez-moi de vous féliciter pour votre engagement concret en faveur d’une cause et d’un combat qui sont au cœur de nos préoccupations… Une fois encore, je vous congratule pour ce que vous défendez avec passion et conviction. Je souhaite que ce message soit entendu et lu par le plus grand nombre « .
Casa, comme le surnomment ses amis est au cœur de l’art comme avocat de la cause de l’éducation artistique et culturelle des jeunes générations. Casa a gardé de l’enfance une espèce de vitalité communicative avec un goût prononcé pour la blague de potache. Pas de politiquement correct chez lui !
Grand Chancelier de l’Académie Alphonse-Allais, Casa, manie l’humour comme personne. Ne pouvant tenir en place, sauf devant un piano, Casa évoque ses souvenirs par petites touches furtives. Ce faux vantard est un vrai modeste au cœur pur. Il m’avait nommé Ambassadeur de l’Académie  » en quête des profils louches  » Académie que nous allons défendre pour sa mémoire et ses engagements.

« Avec Casa, pas d’austère Liszt « 

J’avais posé quelques questions à Alain autour d’un verre, plusieurs …

Qui es-tu Alain  ?
Ca dépend de l’instant. Impression par moments d’appartenir à plusieurs siècles. C’est peut être pour cette raison que dans mes romans, on passe allègrement d’une époque à une autre, sans pour autant que ces récits soient autobiographiques – karmatique, isn’t it ?
Photo de Virginie Clériot
 Raconte-moi ton parcours
Atypique. Pianiste ( j’ai commencé très tard et abordé la scène très tôt, carrière interrompue par un accident de moto ). Enseignant. Conseiller culturel, haut fonctionnaire… J’adore faire la cuisine, et on m’a proposé à plusieurs reprises d’ouvrir un restaurant.
 Et tes passions ?
La vie !
 Parle-moi de tes vrais amis
Toujours présents, célèbres ou anonymes.
Perdu hier une merveille d’homme, un des plus grands pianistes du XXème siècle, aussi, Alexis Weissenberg. Il m’a appris une chose: on ne découvre pas la musique; on se découvre en musique.
 Alexis Weissenberg .dr
As-tu des messages à faire passer ?
On ne changera pas l’école tant que l’on ne donnera pas une place de premier plan à  l’Art dans nos établissements scolaires, qu’il s’agisse de son histoire, mais surtout de ses pratiques. Ainsi les enfants prendront conscience de la richesse qu’ils portent en eux. Sans doute notre civilisation titanesque, préoccupée avant tout de dominer physiquement la nature, accorde-t-elle plus de prix aux savoirs opératoires qu’aux savoirs spéculatifs. La chimie ou l’informatique, si nécessaires par elles-mêmes, semblent donner plus de prise sur la réalité que la musique ou les arts plastiques. Mais cette réalité est tronquée: l’échec scolaire en est un signe. Beaucoup d’enfants ne s’adaptent guère à une activité intellectuelle exclusivement tournée vers la puissance démonstrative et qui fait peu de cas non seulement des vertus de l’introspection, mais encore des merveilles de l’ineffable. Notre système éducatif est boiteux. Il n’est pas douteux que l’action publique, dans ce domaine, relaie puissamment les chances personnelles de l’enfant. Si l’on s’obstine à donner aussi peu d’importance aux savoirs artistiques à l’école, on agravera la fracture scolaire et la fracture sociale. L’éducation artistique est aussi un élément majeur dans le cadre de la construction d’une politique de la paix parce qu’elle élargit la vision du monde de celui qui la reçoit.
Parle-moi d’amour
Le mécréant que je suis croit à la grâce.
C’est quoi la grâce ?
Je serais bien incapable de t’en donner une définition, mais au moins, à l’appui de celle-ci, je suis persuadé d’une chose: l’Amour est une grâce.
Amour de mes deux filles Marie et Madeleine.
Et l’Académie Alphonse Allais, dont tu es le Grand chancelier ?
Une bande de joyeux drilles.
Ne pas confondre avec  « Les amis d’Alphonse Allais », de moins bonne fréquentation…dédé
 L’Académie a sorti son dictionnaire, aux éditions du Cherche midi, peux-tu nous donner une de tes définitions ? 
MARSUPIALE n.f. Air particulièrement apprécié par les didelphes (koalas, opossums et autres sarigues…). Ainsi est-il d’usage, en Australie, quand deux kangourous se marient, d’exécuter en leur honneur la Marsupiale de Mendelssohn.
Sigi, le compositeur désabusé dans ton nouveau roman  » Le dernier lion de Castelnau  » (éditions Calmann-Lévy), serait-ce toi ?
Désabusé, certainement pas. En panne d’inspiration, plutôt… enfin, par moments.
Quels sont tes projets ?
Un film, adapté de l’Eventail de Saturne, avec le même acteur dans les rôles de Beethoven et de Goya…mais chut !
Une pièce, aussi, sur le Grenier.
 Son titre ?
«  HISTOIRE D’ICI ». ICI : C’est en effet par ces trois lettres, écrites à la craie sur la porte du Grenier, que Picasso définissait l’accès à l’antre du minotaure.
Tu as permis à beaucoup d’artistes, célèbres ou inconnus de s ‘exprimer dans ce lieu magique. Jean-Louis Barrault et Picasso seraient certainement fiers de ton action et de celle de tes collaborateurs, tous bénévoles. Il faut savoir aussi que vous ne recevez aucune subvention, ni de l’état, ni des collectivités.
Viens, Alain, on va boire un Casa à Nice
Plutôt à Ajaccio…
Alain a écrit deux autres romans :  Le Grenier aux merveilles (Ed Du Rocher) et l’Eventail de Saturne (Ed Calmann-Lévy), ainsi qu’un recueil de nouvelles ( Histoires à dormir Dubout  ), qui a obtenu le prix Alphonse-Allais (Ed Du Rocher)  
Je ne t’oublierai jamais, cher Alain, dédé

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10 réponses à “Alain Casabona, le lion de Saint-Germain…

  1. Bertrand 10 janvier 2012 à 19 h 37 min

    Bravo Dédé pour cette biographie d’Alain mêlée à de bonnes questions. J’ai eu la chance de rencontrer Alain deux fois l’été dernier, dans son appartement qui semble perché au sommet d’un arbre. Invité par une amie commune qui dégage une émotion singulière comme je les aime… Nous avons partagé un long dialogue à partir des questions que m’inspirait « le dernier lion de castelnau » que j’ai dévoré en une journée. Ses livres sont des tableaux. Plusieurs lectures sont possibles. C’est cette pluralité originale qui me plait chez Alain et qui témoigne de son leadership.
    J’ai enregistré des heures de video sans qu’Alain le souhaite vraiment. Mais je cherche un moyen de les partager pour que ses réponses aient du sens pour le public…
    La rencontre entre vos deux personnalités ne pouvait donner qu’un feu d’artifice, allumé par tes braises et alimenté par le souffle d’Alain…

  2. Aimé Nouma 11 janvier 2012 à 20 h 48 min

    Alain Casabona, d’après ce que j’en ai vu et lu:
    Un virevoltant pianiste doublé d’un auteur captivant,
    amateur de bons mots et d’imitations
    Le Grenier des Grands Augustins,respect ,
    une bonne maison.

    alors OK Dédé pour le RSP

  3. Maurice Douard 12 janvier 2012 à 11 h 20 min

    je dois toujours venir boire une verre autour d’une assiette foutu temps qui passe. Amitié

    • THURON Georgesz 29 janvier 2012 à 11 h 27 min

      Résidant à Castelnau le Lez, journaliste à mes heures, la rencontre avec l’auteur du « Dernier lion de Castelnau » ne pouvait qu’avoir lieu ! J’avais découvert l’écrivain en lisant « L’éventail de Saturne », un intrigant voyage d’Autriche en Espagne, truffé de suspenses et qui remonte l’histoire, associant de manière fort plaisante les plus Grands de la musique et de la peinture. Dans Alain Casabona, le musicien s’est fait connaître dès notre première rencontre qui a eu lieu dans un restaurant à Palavas les Flots. A la sortie de la salle de restauration, un piano. Alain s’installe pour nous offrir un récital à sa façon. Arrivés à notre domicile, rebelote lorsqu’il aperçoit l’instrument au fond de la pièce. Comme si le tabouret aimanté attirait ses fesses, Alain se précipite et attaque avec vitalité et à pleines mains son répertoire, faisant vibrer cordes et table d’harmonie centenaires. Le piano a tenu le coup, il y avait bien longtemps qu’il ne s’était offert pareille résonance ! Avec mon épouse nous avons découvert ses talents de cuisinier, à Carnon, dans son logis de vacances au bord de la belle bleue. Une côte de bœuf dorée à point, grillée par le maître de céans au feu de bois, plus exactement aux ceps de vignes, après une série de tourne et retourne. Au cours de nos nombreuses conversations téléphoniques et avant même de le connaître, j’avais décelé en lui un épicurien pétri d’art qu’il me tardait de découvrir. Nos entretiens se terminaient toujours par l’évocation d’une bourriche d’huîtres de Bouzigues assorties d’un Picpoul de Pinet, d’une belle dorade de la Méditerranée ou encore d’une côte de bœuf de l’Aubrac grillée au feu de bois, arrosée d’un Faugères grand cru. Alain Casabona est un modeste au grand cœur, féru d’art, que nous avons eu plaisir à connaître. Carpe diem, cueille le jour, disait le poète Horace.
      Nous te souhaitons une très bonne année Alain ainsi qu’à tes proches, une bonne santé et souhaits pour qu’elle réponde au mieux à tes attentes personnelles. Georges et Christiane.

  4. THURON Georgesz 30 janvier 2012 à 9 h 59 min

    Je viens de relire ma réponse et je m’aperçois (que Dieu me pardonne) que j’ai transformé en côte de bœuf, l’épaule d’agneau de l’Aveyron qu’Alain nous avait préparé chez lui à Carnon ! Lui qui déteste le bœuf ! ! Allez voir pourquoi à deux reprises, dans mon conscient, le bœuf a pris la place de l’agneau ? Amis d’Alain, prenez bien note de cette rectification si vous l’invitez… et avec toutes mes excuses.

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