Le blog de Dédé de Montreuil

" Sortons des grands ensembles pour aller voir les Grands Ensemble "

Histoire d’O

Salut M’ssieurs-Dames,

Vous connaissez certainement, Histoire d’O, le livre à scandale écrit par Pauline Réage, pseudOnyme de DOminique Aury, publié en 1954 chez l’éditeur Jean-Jacques Pauvert, sinOn, aller vite l’acheter sur internet.

Philippe Grumbach, Directeur de la rédactiOn de L’Express a tOujOurs aimé “mOnter des cOups”. Le mot scOOp n’était pas encore à la mode. Il décida envers et cOntre tOus de faire un numérO spécial de L’Express avec à la Une, Histoire d’O.

Il me cOnfia la missiOn d’aller cOnvaincre Pauline Réage, pardOn DOminique Aury de bien vOulOir venir à L’Express pOur une interview. Philippe savait que je pOurrais réussir ce tOur de fOrce en faisant un numérO de charme.

DOnc, je me retrOuve à MalakOff devant un petit pavillOn de banlieue. Je sOnne à la pOrte, et je vois devant mOi un petit bOut de femme, c’était elle… Je n’en crOis pas mes yeux, vite un verre d’O…

Après avOir lu le livre et vu le film réalisé par mon pOte Just Jaeckin, le réalisateur du film “Emmanuelle”, je m’attendais à vOir une bOmbe sexuelle avec un cOrsage nOire en lacet, une femme pulpeuse, une femme velOutée, une tigresse.Oh, et bien nOn, je me retrOuvais assis en face de DOminique Aury, une femme petite de taille avec des yeux malicieux et pétillants cOmme de l’O de sOurce d’Auvergne.

En deux minutes, j’ai cOmpris en la fixant dans son regard discret et fOudrOyant, qu’il n’y avait qu’une femme cOmme elle pOur écrire cette HistOire d’O pOur plaire et séduire Jean Paulhan.

Au cOurs de la lecture du livre, Pauline – DOminique dégage un vrai respect envers les hOmmes et les amants – tout en les critiquant d’ailleurs. NOus le méritOns, nOus sOmmes tOus des pOlissons…

Au bout d’une heure ou deux, ma mémoire prend l’O, elle consent à accorder une interview à L’Express. Philippe avait gagné son pari.

Osons, Osez, j’avais gagné la missiOn qui m’était cOnfiée : je retOurnais rue de Berri dans mOn beau carrOsse guidé par un cOcher avec un lOng fouet.

Dominique Aury, c’était la classe, une femme quoi !!! Une femme amoureuse !!!

Préface de Jean Paulhan, l’homme de sa vie : « Enfin une femme qui avoue ! Qui avoue quoi ? Ce dont les femmes se sont de tout temps défendues (mais jamais plus qu’aujourd’hui). Ce que les hommes de tout temps leur reprochaient : qu’elles ne cessent pas d’obéir à leur sang ; que tout est sexe en elles, et jusqu’à l’esprit. Qu’il faudrait sans cesse les nourrir, sans cesse les laver et les farder, sans cesse les battre. Qu’elles ont simplement besoin d’un bon maître, et qui se défie de sa bonté… »

Quelle chance, j’ai eu de rencontrer cette héroïne en buvant un verre d’O… Je vous invite à Oser m’écrire un cOmmentaire O en couleurs.

 Jérôme GARCIN. Le Nouvel Observateur.08 Août 2002

Après un tirage confidentiel, ce chef-d’œuvre de l’érotisme écrit par une femme, Dominique Aury, pour l’amour d’un homme, Jean Paulhan, s’est vendu à 850000 exemplaires. Petite histoire d’un grand scandale littéraire du xxe siècle

On pourrait croire que l’histoire s’arrête là et penser que le temps, surtout après 68, adoucit les mœurs.

Or il suffit de l’adaptation cinématographique de son livre par Just Jaeckin et de la une de «l’Express» consacrée, le 1er septembre 1975, à «Histoire d’O» pour que resurgisse le scandale. Aux cris de: «Pas d’argent sur notre corps!», des militantes du MLF prennent d’assaut l’hebdomadaire de JJSS sur les murs duquel elles tracent au rouge à lèvres des inscriptions vengeresses.

Elles sont soutenues par Mgr Marty, archevêque de Paris, qui condamne «le spectacle de la personne humaine dégradée»; par Michel Droit, qui signe aussitôt un pamphlet intitulé «La coupe est pleine»; et par François Chalais qui, dans une «Lettre ouverte aux pornographes», écrit d’«Histoire d’O» que c’est «la Gestapo dans le boudoir». Les deux Georges, Marchais et Séguy, s’y mettent à leur tour pour vitupérer le capitalisme corrupteur et pour-rissant. A la Chambre, on interpelle le gouvernement pour réclamer des sanctions. Devant cette étrange ligue bien-pensante qui compte des pétroleuses, des prélats, des syndicalistes, des gaullistes et des communistes, les législateurs décident de classer X les films à caractère porno et créent pour eux la taxe exceptionnelle de 33%.

Ainsi donc, vingt et un ans après sa parution, «Histoire d’O», ce livre «intolérable», selon le mot de Mauriac, continue de choquer la France sans troubler pour autant Pauline Réage, qui garde le silence comme on porte le voile. Adepte du «never explain, never complain», la plus célèbre des clandestines vit très bien avec son secret et ses regrets. «C’est insupportable, lui disait Paulhan, mort en 1968, vous trouvez moyen de faire remarquer que vous êtes effacée.» Une seule fois, la petite dame de «la NRF» s’est coupée, pendant un comité de lecture de Gallimard. On discutait d’un manuscrit érotique. «C’est mieux qu’ »Histoire d’O »!», lâche un lecteur. Et Dominique Aury, d’une voix de confessionnal: «Oh, ce n’est pas gentil pour moi…»

Bonjour André,

Jérôme Garcin vous autorise à reproduire son article dans votre blog. Cordialement, Véronique Cassarin-Grand

 Jean-Pierre Léonardini. 02 Mai 1998

Dominique Aury

Mort de l’auteur d »Histoire d’O’

La maison Gallimard a révélé que l’écrivain Dominique Aury, qui travailla longtemps pour son compte, est morte à l’âge de quatre-vingt-dix ans, dans la nuit du 26 au 27 avril. Elle a été inhumée jeudi dernier, dans la plus stricte intimité. Secrétaire général de la Nouvelle Revue française (NRF) durant de nombreuses années, Dominique Aury demeure avant tout l’auteur d’un récit fameux au parfum de soufre, ‘Histoire d’O’, publié en 1954 par Jean-Jacques Pauvert et qui souleva d’emblée un scandale considérable. Ce roman sur la soumission d’une femme, jusque dans ses plus cruelles conséquences, écrit selon les canons du style le plus rigoureusement classique mis au service d’un précis de composition sado-masochiste, fut d’abord attribué à Jean Paulhan, ‘patron’ de Dominique Aury à la NRF. Le nom apocryphe de l’auteur, Pauline Réage, a souvent donné à penser, par une presque anagramme (‘Egérie Paulhan’), que celui-ci était l’auteur du livre. Il fallut attendre 1994 pour que Dominique Aury crache le morceau dans un entretien accordé au journal américain ‘The New Yorker’.

Elle confessa avoir écrit ‘Histoire d’O’ comme une ‘lettre d’amour’ à Paulhan, qu’elle chérissait et redoutait de perdre. ‘Je n’étais pas jeune, dit-elle. Je n’étais pas jolie. Il me fallait trouver d’autres armes. Le physique n’était pas tout. Les armes étaient aussi dans l’esprit.’ Paulhan lui avait dit: ‘Je suis sûr que tu ne peux pas faire ce genre de livre.’ Elle répondit: ‘Eh bien, je vais essayer.’

Dominique Aury expliquait ensuite que son pseudonyme de Pauline Réage venait en même temps de Pauline Borghese, belle figure de la Renaissance italienne et de Pauline Roland, fervente avocate des droits de la femme dans la France du XIXe siècle, le nom de Réage ayant été élu au hasard dans un registre immobilier. Quant à l’héroïne, à l’origine, elle se prénommait Odile, une amie. ‘Après quelques pages, disait Dominique Aury, j’ai pensé que je ne pouvais imposer toutes ces choses à cette pauvre Odile et je n’ai gardé que les initiales. »Histoire d’O’, d’abord interdit, souvent saisi, vendu sous le manteau dans les cinq continents, maintes fois traduit clandestinement, a été diffusé à des centaines de milliers d’exemplaires. En 1955, il avait obtenu le prix des Deux Magots.

Ce coup d’éclat ne doit pas faire oublier que Dominique Aury, qui avait commencé par être journaliste, fut une résistante active et qu’on lui doit de beaux livres moins courus, tels, en 1943, une ‘Anthologie de la poésie religieuse’ (pas si loin d »Histoire d’O’, à tout prendre) et, en 1958, ‘Lecture pour tous’, qui lui valut le grand prix de la Critique. Il y aura ensuite ‘La littérature est une fête’ (1986) et ‘Traité des jours sombres’ (1992). Dominique Aury, par ailleurs, a été la traductrice de Mishima et d’Evelyn Waugh, entre autres.

12 mai 2011

Monsieur,

C’est avec plaisir que nous accédons, à titre gracieux, à votre demande d’autorisation de reproduction de l’article au sujet du décès de Dominique Aury et du logo de notre journal.

Lin Guillou

Secrétaire général.

Journal L’Humanité

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