Le blog de Dédé de Montreuil

" Sortons des grands ensembles pour aller voir les Grands Ensemble "

Sam Pisar, mon ami

Un américain à Paris

Samuel Pisar, européen de naissance, américain par vote spécial du Congrès, avocat et négociateur international, docteur des Universités de Paris et de Harvard. Celui qui fut l’un des plus jeunes survivants des camps de la mort à Auschwitz, écrivit ses phrases sublimes avec une telle force pour donner de l’espoir aux autres, c’est à dire nous tous…

« J’étais si jeune dans l’enfer que je n’avais pas grand chose à transformer. Ma colonne vertébrale intellectuelle et psychique était si souple qu’elle ne s’est pas brisée. »
« Aujourd’hui, survivant des survivants, je ressens une obligation de transmettre les quelques vérités que j’ai apprises lors de mon passage dans les bas-fonds de la condition humaine, puis sur quelques-uns de ses sommets. Personne ne peut vivre ce que j’ai vécu sans ressentir le besoin d’alerter les nouvelles générations sur les dangers qui peuvent détruire leur univers, comme ils ont jadis détruit le mien. »

Il a dialogué et travaillé avec les décideurs du monde, d’ouest en est et du nord au sud, contre les engrenages de la fatalité. De Henry Kisinger à Barack Obama en passant par Michel Rocard, Michaël Gorbatchev, Alexandre Soljénitsyne…

Sam est l’ami et le confident des grands de ce monde et aussi de dédé de Montreuil, et OUI ? Il a été aussi conseiller du Président John Fitgerald Kennedy.

« L’expérience extraordinaire de sa vie nous montre que l’univers est balayé par des rafales dont la violence échappe à la conscience des hommes, et que la survie d’un peuple, comme celle d’un individu, est toute entière en lui:dans sa capacité d’endurance, d’adaptation et de création, la ressource humaine est sans limite. Si nous puisons dans cette source infinie, des sociétés naîtront qui relègueront au Moyen Age la sueur et le capitaL ». Il écrivit ce texte en 1983, avait -il tort, avait-il raison, à vous de juger !!!

Sam fut le confident et l’ami de Jean-Jacques Servan-Schreiber pendant 40 ans, jusqu’au dernier jour de son souffle, menant à ses côtés tous ses combats : la campagne de Nancy, contre Chaban-Delmas à Bordeaux, la vente de L’Express à Jimmy Goldsmith, le Parti Radical et le Mouvement Réformateur, le Ministère des Réformes, Le Centre Mondial Informatique, l’Université de Carnegie-Mellon, à Pittsburgh,

J’ai eu la chance et le privilège de voir souvent Sam, j’ai participé à la lecture de ses ouvrages : Le sang de l’espoir, Les armes de la paix, La ressource Humaine.

 

 

 

 

Sam, c’est l’intelligence, le savoir, le regard et l’écoute envers les autres, toujours présent quand on a besoin de ses conseils, comme il y a quelques semaines, je l’ai appelé, il m’a tout de suite invité à venir chez lui pour comprendre mon problème, il m’a tendu la main que j’attendais.

J’ai une pensée toute particulière pour son épouse, sa complice Judith.

Mes amis, je vous remercie encore de m’avoir fait participer et profiter de votre intelligence et de votre égard à mon attention.

André

 

Adieu JJSS, par Samuel Pisar

La nouvelle m’est venue d’Amérique : JJSS n’est plus. Ma fille Leah – sa filleule – m’a appelé de Washington au milieu de la nuit. Elle a été prévenue par David, Émile, Franklin et Édouard, qui étaient au chevet de leur père en Normandie. Ainsi a disparu de ma vie un irremplaçable ami – un frère. Sa mère, Denise, me disait souvent avec humour : « J’ai trois fils : Jean-Jacques, Jean-Louis et Jean-Sam. » Un soir encore si proche, quand Sabine, son ange gardien jusqu’au dernier jour, nous a amené Jean-Jacques à la maison, il m’a regardé droit dans les yeux et m’a demandé : « Toi, qui es-tu ? » « Je suis Sam. » « Et elle, qui est-elle ? » « C’est Judith. » Soudain il s’agite et nous lance, des abîmes de sa longue maladie cérébrale, un message lucide, inespéré, déchirant, mi-question, mi-affirmation : « Les Pisar ? »

Le Jean-Jacques dont je parle n’est pas l’homme de presse, l’homme politique, l’homme public. Je parle de l’homme privé, de l’homme de coeur, de l’être tendre, généreux et sage qui m’a aidé à éduquer mes enfants, tout comme moi je l’ai aidé pour les siens, dans les grandes écoles et universités des deux côtés de l’Atlantique. Et pas seulement les siens et les miens : de jeunes Français et Françaises ont été formés à l’université Carnegie Mellon, ce temple de l’informatique, de la robotique et de l’intelligence artificielle, dont il a présidé le comité international après sa retraite de la vie politique, ainsi qu’à Harvard, Stanford et au coeur de la Silicon Valley.

Une génération franco-américaine a été marquée par ses idées. Jean-Jacques aimait l’Amérique, comme moi j’aime la France. Je voudrais témoigner aussi de la figure de dimension internationale, à travers laquelle la France rayonnait sur tous les continents. Le visionnaire du défi anticolonial, du défi américain, du défi nucléaire, du défi mondial – de tous les défis – se moquait de la politique conventionnelle, de la droite et de la gauche.

Il voulait non seulement réformer son pays, qui reste si farouchement opposé aux réformes. Il voulait surtout « équiper » sa jeunesse, ainsi que celle de l’Europe entière, pour les préparer à la désindustrialisation, à la concurrence sauvage qu’une économie globale allait leur imposer.

Aujourd’hui, la France et le monde se souviennent de Jean-Jacques Servan-Schreiber. De toutes les grandes capitales de la planète, les éloges affluent. Des États-Unis en particulier. Une avalanche d’articles et de portraits dans leNew York Times, le Washington Post ou le Wall Street Journal exprime l’universelle et profonde émotion d’une grande perte. C’est un phénomène qui incite à la réflexion.

Il a fait irruption dans ma vie il y a quarante ans, avec un appel téléphonique peu ordinaire. « Maître, plusieurs prisonniers politiques vont être condamnés à mort par la junte des colonels grecs, au coeur de notre Europe, dans le berceau même de la démocratie. Il nous faut agir. Accepterez-vous de m’accompagner à Athènes avec le général de Bénouville, le professeur Le Prince-Ringuet et le professeur Milliez ? Notre avion part du Bourget dans une heure. »

Voilà comment celui que de Gaulle appelait «notre  Zorro » m’a embarqué pour une aventure humanitaire et diplomatique couronnée de succès. Après sa grande victoire politique en Lorraine, je l’ai embarqué à mon tour. Le Congrès des États-Unis, où j’avais été conseiller pendant l’Administration Kennedy, l’a invité à Washington pour témoigner devant la commission des affaires étrangères du Sénat présidée par William Fulbright, et puis devant la commission sur la technologie de la Chambre des représentants présidée par le jeune Al Gore. Ses prestations étaient époustouflantes. La thèse qu’il a accréditée était que le vrai défi américain n’était pas sa force de frappe militaire, mais sa force de frappe universitaire. Toute la classe politique américaine l’a reçu comme un nouveau Tocqueville. Convié à la télévision nationale, dans l’émission « Face à la nation », le célèbre intervieweur Lawrence Spivak a conclu l’intervention avec ces mots : « Quel dommage que vous ne soyez pas américain. Vous seriez chez nous un excellent candidat à la présidence. »

http://www.servan-schreiber.com/

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7 réponses à “Sam Pisar, mon ami

  1. elainejane 18 avril 2013 à 7 h 57 min

    Déjà 2 ans…
    Chez moi des pages de ses livres sont scotchées à vue, à lire, à relire, à se souvenir.
    Par ses mots et par son enthousiasme il est chez nous, ami et professeur.
    Ami jamais vu, mais jamais oublié!
    Et dans le labyrinthe du destin, un autre ami et professeur m’attendait, Samuel Pisar, l’ami de l’ami, qui se ressemble s’assemble, pour me transmettre la chaîne du souvenir et de la force de l’espoir.
    J’aime sa Mère, quelle vision de génie, quel force de l’amour, quelle âme et quelle force elle a transmis à son fils!
    Monsieur Pisar, j’ai découvert votre livre « Le sang de l’espoir » de 1979, à Medem, dans la valise des livres donnés. il a appartenu a la famille Goldberger d’Ermont a qui je remercie pour leur geste et qui a oublié, comme marque page, une lettre aérogramme du 20.11.1977 de la famille Goodman de Ohio.
    Cette lettre dans votre livre crée un effet magique. Un pan de vie de votre Amérique, deux ans avant le livre, avec ses personnages à elle, à me faire vivre interactif sur deux plans!
    Je souhaite vous rencontrer et vous demander un autographe et pouvoir vous regarder, contemporain du passe, du présent et de l’avenir.
    Où je pourrais venir vous rencontrer avec mon livre?
    Êtes -vous en France?
    teodora.faligant@yahoo.fr

  2. BILONDA 7 juin 2014 à 16 h 52 min

    Salut Dédé,
    Je suis entrain de préparer une intervention sur l’homme comme ressource humaine de développemnt durable ,je vous demande la permission pour prendre quelques extraits de votre témoignage pour ton ami Samuel Pisar

  3. Dédé de Montreuil 9 juin 2014 à 16 h 44 min

    si vous voulez

  4. Alexandra 25 juin 2014 à 17 h 08 min

    Bonjour Dédé, Samuel était interviewé la semaine dernière pour l’émission A Voix Nue de France Culture. Son parcours, et bien plus encore son humanité m’ont impressionnée. J’aurais aimé lui écrire. Pourriez-vous nous mettre en relation? Merci, Alexandra

  5. marie-francoise 3 juillet 2014 à 9 h 06 min

    03-07…moi aussi j’aimerai beaucoup avoir une adresse pour écrire à Samuel Pisar…j’ai des choses à lui dire qui peuvent lui donner beaucoup d’espoir…merci si vous pouviez me laisser une adresse sur ce mail : mariefrancoisedn@yahoo.fr

    marie-françoise

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