Le blog de Dédé de Montreuil

" Sortons des grands ensembles pour aller voir les Grands Ensemble "

Maurice Genevoix, le réaliste.

Bonjour M’ssieurs, Dames,

Un jour de vagabondage et de rêvage, je fis la connaissance d’un grand homme, assis sur un banc public dans le petit square qui jouxte la place Marcel Aymé à Montmartre.

Assis, je m’évadais à côté d’un vieux monsieur qui regardait droit devant lui, il m’intrigua, le silence qu’il produisait me dérangeait, c’est alors que je l’interpella et lui lança cette phrase absurde « il fait beau aujourd’hui, n’est-ce pas » ? La même phrase à la con qu’on lance à un pêcheur à la ligne « alors, ça mord » il me répondit par un sourire avec des yeux d’enfants. J’ai compris qu’il ne fallait pas le déranger, au bout de plusieurs minutes, c’est lui qui entama une conversation qui dura plusieurs heures !!!

Il me posait des questions sur les relations entre les hommes, les femmes, les enfants, les vieux, la nature, la culture, les voyages, la politique. Il se redressa quand je lui parlai de mon père qui avait été résistant, communiste, maçon, ébéniste, fumiste,  j’ai compris que j’avais pris un point à ce moment-là, il s’exprima sur les artisans, les compagnons, le monde ouvrier avec une connaissance éclairée.

A un moment donné, je lui demande ce qu’il avait fait dans sa vie, il me répondit du tac au tac « pas grand-chose, quand j’y penses » je ne l’avais toujours pas reconnu…Il se présenta et je me rallumais une clope estomaquée, j’étais comme dans un rêve, l’homme avec qui je parlais depuis une heure, était Maurice Genevoix, l’académicien…

Nous avons parlé de sa mère qui est morte quand il avait 12 ans, et moi de mon père à 14 ans, nous avons évoqué cette déchirure que procure la mort d’un être cher et de la mort en elle-même.

Il m’embarqua dans ses voyages en Afrique, au Canada, en Sologne avec une telle admiration et une telle description des lieux et des paysages, c’est normal, c’est l’héritier du réalisme, et son enfance marquée à Châteauneuf-sur-Loire.

Ce qui me surpris le plus à son âge, c’était sa mémoire et sa sensibilité envers les êtres en restant humble et aussi son côté sauvage que l’on trouve seulement chez les hommes libres. La liberté, il connaissait bien, en démissionnant de l’Académie Française pour son goût de la liberté.

J’ai écrit cette citation, il y a quelques années, je lui dédie aujourd’hui :

Les enfants m’intéressent, car ils ont tout à apprendre

Les vieux m’intéressent aussi, car ils ont tout appris

Les adultes m’emmerdent…

Ma liberté, je l’ai eu à un juste prix…

Cher Monsieur Genevoix, je vous remercie de m’avoir permis de m’évader quelques instants avec vous, grâce à un banc public. Un privilège….

J’ai raconté ce moment prestigieux à sa fille Sylvie Genevoix, lors de la remise du Prix littéraire Bel Ami, l’année dernière. Nous sommes devenus complice en cinq minutes…

Je vous recommande son roman Raboliot, un roman inspiré par la Sologne et sa profonde connaissance de la nature ( Prix Goncourt 1925) Un régal 😋 et aussi «  Laframboise et Bellehumeur», un voyage au Canada, qu’il traverse en train d’Est en Ouest, du Saint-Laurent aux Rocheuses, il se passionne pour ces terres lointaines et encore méconnues, pour ses forêts, les fleuves, les animaux sauvages, la chasse sans qu’il n’y ait la moindre tuerie…

« La Framboise et Belle humeur »  relate l’histoire de deux trappeurs qui passent sept mois d’hiver, loin des hommes, à chasser loutres, visons et renards argentés dont ils monnayent la pelleterie à l’arrivée des beaux jours. Ce n’est pas  l’appât du gain qui les motive, mais « l’appel de la forêt », de la montagne sauvage et envoûtante. Nazaire Laframboise, cinquantenaire, laisse sa femme et ses neuf enfants travailler à la ferme durant son absence : « Peut-être se dit Nazaire, que si j’avais une vie de même, j’aurais moins envie de mouver. Ma vie est ici comme ces champs, trop planche d’un bout de l’an à l’autre. Alors, ça me reprend, ça vient de loin et c’est tellement plus fort que moi ». Son comparse, Roméo Bellehumeur est un jeune homme fantasque et torturé, qui trouve dans le gin une compensation parfois dangereuse à la solitude des interminables mois d’hiver. La vie se déroule lentement, au rythme de la chasse, des virées en raquettes, des soirées au coin du vieux poêle, des nuits dans les couchettes  garnies de sapinette. La cohabitation entre les deux hommes est aisée au départ. La promiscuité, la différence de caractères, la longueur de l’hiver entament peu à peu cette amitié virile jusqu’au conflit. Au fil des pages, la nature est omniprésente, telle un écrin. Elle inspire à Genevoix de magnifiques descriptions: « Autour d’eux, c’était toujours le bois, les sapinettes, les spruces, les cyprès, d’un vert encore sombre et brillant; et au travers, écailleux et blancs, les bouleaux, les trembles aux fûts lisses et gris. Dans les bas-fonds rocheux, une mince taie de glace, s’écrasait sous leurs semelles avec des tintements vifs, musicaux. Pas d’autres bruits que celui de leurs pas. Aucune brise. De toutes parts le silence infini ».

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