Le blog de Dédé de Montreuil

" Sortons des grands ensembles pour aller voir les Grands Ensemble "

Assis à côté de Dali

Salut M’sieu-dames,

En 1971, au moment de la réédition du livre magnifique: « Dali » édité chez De Draeger, Françoise Giroud me demande si j’ai une idée pour monter un coup pour L’Express avec Dali.

Je réfléchis et je trouve une idée  audacieuse : Faire dédicacer le livre par Dali sur la plate–forme d’une camionnette de location devant l’immeuble de L’Express au 25 rue de Berri à Paris. L’idée est acceptée par tous, il ne manquait plus qu’à convaincre le Maître…

Au culot, je me présente à l’hôtel Meurice où Dali avait une chambre à l’année avec une pile de son dernier bouquin sous le bras, pour lui faire dédicacer. Dali accepte de me recevoir et m’invite à venir dans sa chambre deux heures plus tard. Je m’assois au bar avec le photographe de L’Express, Yves Prigent, où l’on se raconte tout et n’importe quoi, en imitant Dali avec la publicité: « Jé suis fou du chocolat Lanvin ». https://www.youtube.com/watch?v=bKeLX1AztZg

Deux heures passées pétantes, nous sonnons à sa porte. Le maître nous ouvre. Je vois de suite dans ses yeux que je ne lui suis pas indifférent, il ne calcule même pas Yves qui commence à préparer son matos.

Dali m’invite à m’asseoir dans le salon de sa Suite, et me demande ce que je souhaite boire, je lui demande un Ricard avec des glaçons, à l’époque c’était ma boisson favorite, Dali commande un cognac. C’est alors qu’il commence à me questionner sur ma vie, mon travail, les femmes, mes rêves, etc..  ( il commençait à me gonfler !!! )

Après, un numéro de séduction à deux balles avec des « ho », des « hi », et des roucoulements à la Dali quoi !!! Dali m’impressionne sans m’impressionner.  Après un bon moment, je lui demande de dédicacer des livres pour Françoise Giroud, JJSS, Philippe Grumbach, Pierre Barret et j’en oublie.. C’est à ce moment là, que je lui glisse mon projet qu’il écoute sans rien dire.  Je suis surpris par son silence, ça fait du bien, parce que c’est un cabotin et un excellent tchatcheur.

Après plusieurs minutes, où je me dis qu’il va m’envoyer balader, le Maitre me répond « banco! »,  à condition que je reste dîner avec lui dans sa suite le soir même. Je suis d’accord.  Je lui demande alors de le confirmer à Françoise Giroud par téléphone.

J’aurais dû lui demander plein de choses, il était sous le charme de dédé de Montreuil ( je vous en bouche un coin ). Je lui demande de prendre des photos avec lui, Yves qui était resté dans la pièce à côté était énervé d’attendre. J’ai perdue une photo à laquelle je tenais beaucoup, Dali et votre serviteur avec sa célèbre canne et son pommeau en or qui représente un aigle.

 » L’esprit d’un homme se devine à la manière dont il porte sa canne  » Balzac

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Durant ce dîner passionnant, il me parle du Christ pour savoir si je suis croyant, de Gala , d’Amanda Lear, de Franco, de Mussolini, de Michel Platini, du jokey Jean-Marie Goujon avec qui il a rendez-vous le lendemain. Dali me questionne sur les peintres que j’aime et sur les dimanches où mon père m’emmenait au Louvre. Au bout d’un moment, je l’arrête pour lui dire que j’ai rencard chez Castel, il est surpris et déçu de ce départ précipité… Avant de partir, je lui propose de se revoir le lendemain pour lui présenter mon projet dans les moindres détails.  Je le sens apaisé. Bonne nuit Maître.

Le jour du vernissage, je viens le chercher avec deux motards de la police, quand il découvre la camionnette garée devant l’hôtel Meurice, il se marre comme un gosse et me dit: « je veux remonter les Champs-Elysées avec vous, debout comme le général le jour de la libération ».

Ni une ni deux, nous voici remontant la rue de Rivoli et les Champs-Elysées debout et fiers comme des coqs italo-catalans , jusqu’à la rue de Berri, où l’attend une foule incroyable pour la dédicace de son livre, il avait souhaité que l’on lui prépare des seaux remplis de gouache de plusieurs couleurs, Dali a plongé sa main dedans et a éclaboussé tous les livres qui étaient posés au cul du camion! Un grand moment inoubliable et osé, les livres qui coûtaient une petite fortune sont immaculés de peinture, les invités et tous les journalistes de L’Express applaudissaient, heureux comme des sots. Dali s’est vraiment foutu de leurs gueules ce jour-là…

C’est à ce moment-là je crois que mon métier d’organisateur d’événements est né.

De retour à l’hôtel Meurice, nous avons bien ri de revoir la gueule des livres et de leurs propriétaires en prenant un dernier verre. C’était un côté snob et chic que Dali détestait. Françoise Giroud et Philippe Grumbach sont venus remercier Dali pour sa prestation unique et originale, Dali ne manqua pas de leur dire que c’était mon idée et que, sans moi, il n’aurait jamais participer à ce bordel mondain. Françoise était bluffée, à partir de ce jour-là, je crois que mon audace a monté dans son estime, elle aimait mon côté sauvage et curieux de la société.

Je revis le Maître plusieurs fois, il m’a même invité à visiter son atelier à Cadaquès.  Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir répondu à cette invitation, j’avais certainement autres choses à faire plus ou moins intéressant. Surtout pas de regret, c’est la vie.. C’est une bonne rencontre gravée dans ma mémoire que je vous fait partager.

Un autre jour, Dali m’a offert le livre: « Dali par Dali »  de Draeger dédicacé : « A André Apelle Hommage »,  et signé avec une étoile filante, dédicace très rare, que voudrait bien m’acheter des collectionneurs. Et bien non Messieurs, vous ne l’aurez-pas, c’est dans l’héritage de mes mômes.

Merci Monsieur Salvador Dali, le génie de Figuéras, de m’avoir permis de m’asseoir un moment à côté de vous en buvant un Ricard glaçonné.

Connaissez-vous sa conclusion pour devenir un génie ? « O Salvador, tu le sais maintenant , si tu joues au génie, tu le deviens ! »

PS : Maître, avec ma femme Anne et mes deux enfants, nous avons visité en 2010, votre musée à Figuéras, c’était magique de vous retrouver dans ce temple de la création « psychédélique » , j’aurais toujours une pensée éternelle pour vous, pour toi, je ne me rappelle plus…

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Une réponse à “Assis à côté de Dali

  1. Burah Avner 14 avril 2011 à 15 h 35 min

    DALIMOTION
    C’est mon pote Dede qui vient de le mettre en liveeeee!!!!!!!!!!!!!

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